miércoles 7 de septiembre de 2011

Próximo Seminario de Badiou.

Chère amie, cher ami,
Je vous confirme que la rentrée du séminaire aura lieu le mercredi 9 novembre, à 20h, en salle Dussane (au 45 rue d’Ulm, donc).
En voici le propos :
L’expression « changer le monde » a déjà une assez longue histoire. Le XIXe siècle, où domine la philosophie de l'Histoire, a annoncé que ce changement se ferait dans la continuité d’un progrès. Le XXe, où dominent des projets politiques prométhéens, s’est tourné vers la rupture, l’innovation radicale, les avant-gardes, la construction d’Etats chargés d’incarner au plus vite l’Idée dont se soutenait qu’un nouveau monde soit à la fois possible et nécessaire. Aujourd'hui, nous voyons bien qu'il faut reprendre entièrement la question du changement réel, au-delà de l’antinomie suivante : ou rupture totale, engendrant « l’homme nouveau » qui lui correspond, ; ou continuité installée (capitalo-parlementarisme) d’une incessante innovation, qui n’a d’autre preuve que l’obsolescence précipitée de ce qui y fut antérieurement produit.
Il doit exister pour tout acteur du changement un possible témoin de son action, une invariance qui autorise à dire que le changement est réel pour un Sujet. Ce qui exige que ce Sujet soit la fois principe du mouvement, et suffisamment immobile pour pouvoir en affirmer le réel et la destination.
Nous avons vu l'année dernière que le problème est celui du lieu subjectif, d’où l’on peut concevoir, dans une subtile dialectique de l’immanence et du retrait, ce que c’est qu’un changement orienté. Nous avons eu la chance de pouvoir nous mettre à l'école des « révolutions arabes », dont le processus est encore loin d'être achevé. Nous avons d'abord introduit les concepts nécessaires pour penser ce que c'est qu'un « monde », et les opérateurs de son changement. Nous avons discerné les obstacles, notamment les obstacles identitaires (fiction étatique de l'identité, noms séparateurs...). Tout ce travail nous a permis d'aboutir à une définition provisoire de ce que c'est qu'un vérité politique, c'est-à-dire le principe d'orientation d'un changement réel dans l'Histoire des collectifs humains : Une vérité politique est le produit organisé d'un événement populaire massif où intensification, contraction et localisation substituent à un objet identitaire fictionné par l'Etat, et aux noms séparateurs qui vont avec, une présentation réelle de la puissance générique du multiple. Cette définition, dont nous rappellerons le sens, nous servira de point-de-départ cette année pour élargir notre enquête et répondre de façon formelle à la question initiale : peut-on identifier un changement de monde, et travailler à son advenue ?

D’ici là, je vous signale quelques échéances et aliments nouveaux :
1. Le vendredi 9 septembre à 20h30, dans la même salle Dussane, aura lieu la célébration du trentième anniversaire de la mort de Jacques Lacan. La forme en sera des lectures de textes, par diverses personnes, et je commencerai par la prosopopée de la Vérité dans le texte « La chose freudienne ».
2. Le mardi 4 octobre, à la BNF (site François Mitterrand), au moment où je vous écris j’ignore l’heure exacte, aura lieu une discussion entre Elisabeth Roudinesco et moi sur la portée de l’œuvre de Lacan. Vous en aurez un petit avant-goût en lisant le dernier numéro de Philo-Magazine (mois de Septembre).
3. Au début d’octobre, je publierai, aux éditions Lignes, mon « Circonstances 6 » sous le titre : Le réveil de l’Histoire.

Très cordialement à vous tous,
Alain Badiou

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